À l’heure du boom des voitures hybrides et électriques, de la nouvelle compétition Formula E, le secteur des deux-roues emboîte le pas.

Par Colas Soldan et Samy Belakbir.

Les deux pieds à terre, les mains tapotant sur le réservoir de votre bolide, un énième feu rouge vous retient. Le regard perdu dans le paysage urbain, vous remarquez soudain un motard à votre droite. Comment est-il arrivé jusque-là sans que ce cela ne vous alerte ?  Mystère… Les beaux jours sont là et votre ego vous titille, voilà une cible parfaite à laisser sur le carreau dès le passage au vert. Un signe de tête, quelques coups d’accélérateur et vous voilà lancé sur le bitume. 
Cependant, tout ne se passe pas comme prévu, votre adversaire prend une avance indéniable sans la moindre pétarade, sans le moindre changement de rapport. Incompréhension, désarroi, le coup est dur. Que vous est-il arrivé ?
 C’est bien simple…

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Un éclair d’outre-Atlantique

Fondée en Californie en 2006 par un ancien ingénieur de la NASA, Zero Motorcycles Inc. s’attaque depuis quelques années au marché européen. Nous avions rendez-vous avec Kevin De Bulpaep, gérant de la société Go4Electric basée près de Leuven et l’un des principaux importateurs de la marque en Belgique. Au menu, 3 essais : Les Zero S, SR et DS. D’emblée, la question de son autonomie nous brûle les lèvres.

Notre première candidate, la Zero S 2018 est une moto typée roadster équipée des nouvelles batteries de 14.4 kWh alors que le modèle de 2017 en proposait seulement 13 kWh. Concrètement, cela représente un gain non négligeable au niveau de l’autonomie : 15 km de plus sur autoroute, 43 km en utilisation mixte.
 Ceci permet à la marque d’annoncer une autonomie de 288 km en ville, 145 km sur voie rapide et 217 km en combiné. À titre de comparaison, une Triumph Street Triple R de 2013 rassasiée vous offre environ 220 km de conduite en cycle mixte.

En route !

Aux premiers abords, l’assise est confortable et les deux pieds sont à plat pour une personne mesurant 1m80. Le rayon de braquage semble tout à fait correct pour un roadster. L’impression de légèreté de la moto est réelle : avec un poids de 185kg, la Zero se taille une place de choix parmi les roadsters les plus légers sur le marché, à performances similaires bien entendu. Pas de bruit, comment savoir que la machine est déjà allumée? C’est le silence total. À l’arrêt, c’est absolument bluffant. 
Une fois lancé pour quelques tours de roue dans le voisinage, la moto émet bien un petit sifflement assez futuriste et peu dérangeant, du moins pendant la durée des essais. Ceci n’est en rien comparable au son d’un moteur de moto classique et pourrait  importuner plus d’un ORDI_BORDpuriste du moteur atmosphérique.

Lors des quelques premières centaines de mètres, on se surprend à vouloir embrayer et jouer du pied gauche sur le sélecteur de vitesse, mais rien de tout cela sur un véhicule électrique. Ce qui parait perturbant durant une dizaine de minutes se révèle bien vite être un atout sérieux : les moteurs électriques équipant les Zero peuvent fournir l’entièreté du couple dès le démarrage. Trois modes de conduite sont disponibles : éco, sport et custom. Le premier délivre seulement une partie des ressources disponibles et rend la moto moins nerveuse au profit d’une autonomie plus grande; le second met à disposition du pilote la totalité du couple et s’avère être le plus grisant ; le troisième est paramétrable via l’application smartphone Zero et propose un choix de paramètres plutôt décent, nous n’avons cependant pas eu l’occasion de nous y attarder.

En termes de conduite, la moto réagit bien et le moteur semble à première vue sain etS_LOGOsouple. Ces deux adjectifs peuvent paraître étranges étant donné que l’on parle de moteurs électriques, mais c’est la meilleure manière de le décrire.
Les suspensions Showa remplissent agréablement leur rôle, elles manquent cependant de constance à haute vitesse sur des portions de route bosselées. Notez que les amortisseurs avant et arrière peuvent être réglés en précontrainte, compression et détente.

Le freinage se révèle suffisant à l’avant malgré un seul disque de frein accompagné d’un étrier flottant à deux pistons. L’arrière remplit son rôle sans pour autant réaliser des prouesses. Les centrales ABS Bosch viennent relever ce constat et se montrent précises et fiables. La puissance et les sensations procurées par le moteur de cette Zero S sont une agréable surprise, surtout pour une puissance nette annoncée de 60ch (45kW). Le couple net s’élève quant à lui à 110Nm.  Elle est également bridable à 11 kW la rendant accessible avec un permis voiture B ou A1.

La sœur rebelle…

SR_LOGOLa Zero SR reprend les mêmes codes que sa petite sœur, mais s’affiche comme une version plus « pousse au crime ». En effet, la seule différence se situe au niveau de la motorisation qui se révèle plus puissante et nerveuse, surtout en mode sport. Avec un couple annoncé de 146Nm, c’est un gain de 33 % comparé au modèle S. Les accélérations délivrées sont réellement surprenantes. À titre de comparaison, on a l’impression de disposer de toute l’agressivité des 106 chevaux de la Street Triple R dès le démarrage, le moteur de la SR n’en délivrant pourtant que 69. On regrettera cependant l’absence d’un deuxième disque de frein à l’avant pour pallier à ces accélérations décoiffantes.

Et la dernière aventurière !

Last but not least, la Zero DS se positionne comme une moto de type trail.

Basée sur le modèle S, elle offre une position de conduite plus droite et une hauteur de selle relevée de 36mm, ce qui permet encore à une personne d’1m80 de poser la moitié du pied au sol. Elle est également équipée de pneus trail Pirelli et l’avant présente un diamètre de 19 pouces, 2 de plus que sur la jumelle roadster. Un garde-boue a été ajouté à l’avant, vous devrez cependant payer 91 € pour obtenir l’équivalent à l’arrière, dommage. L’autonomie se trouve directement impactée par ces quelques changements et descend à 262 km en ville, 126 km sur autoroute et 169 km en utilisation mixte.

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Lors de l’essai, la DS s’est montrée plus maniable que le modèle S et inspire plus confiance, entre autres grâce à une position de conduite plus confortable. La motorisation est la même que celle du roadster S et offre donc des performances similaires. Cette version Zero trail s’est montrée à l’aise sur chemin de campagne et c’est un réel plaisir de ne pas devoir changer les vitesses à tout va lors de passages plus délicats. Il est également important de noter qu’une version DSR reprenant le même moteur que la Zero SR est disponible à l’achat, nous n’avons malheureusement pas pu la tester.

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Verdict?

Tous les modèles qui vous ont été présentés dans cet article sont équipés d’une courroie en lieu et place de la chaine, ce qui permet d’éviter un fastidieux graissage. Elle doit néanmoins être changée tous les 20.000 à 25.000km.
Outre cet aspect, l’entretien quasiment inexistant pour ces motos nouvelle génération semble être un vrai gain de temps et d’argent : seuls les disques, plaquettes et liquides de frein ainsi que les pneus sont concernés. Avec sa gamme en constante évolution, Zero Motorcycles se révèle être un concurrent sérieux pour les marques plus classiques. Une charge complète coutant environ 2 € et rimant avec en moyenne environ 150 km d’autonomie, les économies sont également au rendez-vous. Des primes sont également proposées par le gouvernement fédéral, mais aussi par la Région flamande depuis peu à l’achat d’un deux-roues électrique. Ces atouts indéniables arriveront-ils à faire oublier au motard qui est en vous l’absence de pétarades, le doux fumet de l’essence giclant à la pompe et le plaisir de casser le rupteur en deuxième ? À vous de nous le dire!

En bref:

LES + :

— Économique

— Écologique

— Silencieux

— Presque pas d’entretien

— charge sur une prise de courant classique

LES – :

— Le prix

— L’absence de bruit

— Impossible de faire des wheelies

— Temps de charge assez long si pas d’accessoires dédiés.

Prix des différents modèles TVAC :

Zero S et DS : 16.260 €          Avec prime fédérale : 13.821 €

Zero SR et DSR : 19.110 €     Avec prime fédérale : 16.243 €

+ une éventuelle prime en Flandre de 1500 €.

Merci à Kevin De Bulpaep pour sa sympathie et son professionnalisme.

Plus d’informations :

https://go4electric.be

http://www.zeromotorcycles.com/fr/