Tu t’es déjà réveillé dans ta voiture? Et je ne parle pas de lendemains de veille flous où le barman t’as interdit de rentrer chez toi, je veux dire après avoir passé la nuit dedans de ton plein gré. Garde bien cela en tête, parce que vivre en van, c’est avant tout dormir dans sa voiture.

Bien sûr, notre voiture à nous est un van aménagé ; un lit, des armoires, un petit espace cuisine et un frigo portatif transforment l’intérieur autrefois utilisé pour transporter des colis postaux en un véritable petit appartement. Un une pièce de 4 m², mais agréable à vivre. Quand on passe six mois à dormir dans son véhicule, un minimum de confort est vital. Beaucoup de petites choses du quotidien, naturelles et évidentes dans une maison ou un appartement deviennent des challenges en van.


Pour l’électricité, par exemple. Quand ton smartphone ou ton ordinateur tombe en rade chez toi, tu dois courir trouver une prise… sauf que oh ! ah ! ici tu es dans ta voiture donc tu dois te débrouiller autrement. Évidemment, oui, tu peux faire charger ton téléphone sur une prise allume-cigare, même ton ordinateur avec un convertisseur et c’est ce que nous faisons. Quand la voiture roule, du moins. Sans compter qu’il faut aussi recharger l’appareil photo, faire fonctionner le frigo, et quelques lampes. Pour éviter de risquer la survie de notre batterie et la nôtre, – pas spécialement envie de se réveiller en plein désert dans une voiture qui ne démarre pas – nous avons investi dans un panneau solaire. Grâce à cette petite merveille, pas besoin de courir les cafés et les bars à la recherche d’une prise électrique pour donner des nouvelles à la famille. Nous sommes indépendants du réseau électrique. Malgré tout, les jours où le soleil joue les timides, de terribles dilemmes peuvent se présenter. Il faut parfois décider entre brancher le ventilateur, le frigo ou l’ordinateur. Alors, film et bières chaudes ou bouquin et bière froides ? Pas toujours facile.

Le même principe s’applique à tous les gestes du quotidien. Vivre dans une voiture, c’est vivre sans eau courante, sans douche (autre que notre petite douche portative de huit litres), sans toilettes, avec un petit frigo, un minuscule bac à vaisselle, sans machine à laver… C’est comme ça que « tu peux me passer une assiette ? » se traduit souvent : « regarde dans le bac à vaisselle s’il y en a une plus ou moins propre ». « On devrait se doucher » veut réellement dire « d’ici deux ou trois jours, quand il fera chaud, si on trouve un endroit non public pour dormir » et « faire le plein » peut autant faire référence à l’essence qu’à l’eau potable, non potable, ou à la nourriture, en particulier celle qui séjourne dans le frigo et dont l’espérance de vie n’excède que rarement le temps qui s’écoule entre deux douches (devinez !).

Dès lors, tout est une question d’adaptation. Notre van n’a pas l’eau courante, mais nous transportons une trentaine de litres d’eau potable et à peu près la même quantité d’eau non potable dans des bidons. Lors de notre visite dans les états du Grand Ouest américain, trouver de l’eau régulièrement était l’un de nos grands enjeux. En balade presque tous les jours, pendant des heures sous un soleil de plomb, il est recommandé de boire plus de quatre litres par jour et par personne. À ce rythme, les réserves se vident en quatre jours. Quand un parc national offre de l’eau potable gratuitement, la plupart des visiteurs remplissent une ou deux gourdes. Nous ? Quatre à six bidons.

Le plus simple reste la nourriture. Avec un réchaud portatif et un frigo, il est facile de varier les menus. Je ne vais pas mentir, on succombe parfois aux raviolis bon marché les soirs d’intense flemme. La plupart du temps, pourtant, nous prenons la peine de bien cuisiner. Ou d’aller manger un burger. Après tout les USA c’est le pays du burger, non ? Ce n’est donc pas un écart mais une démarche culturelle que de ne pas sortir les poêles pour s’en offrir un. Pour trouver où dormir, en revanche, ce n’est pas de tout repos (haha.)

Beaucoup de rencontres sur notre route s’extasient en voyant le van. « Wow, du coup, vous pouvez dormir n’importe où ! » Non. Ce serait fantastique, mais non. Comme je le précisais plus tôt, vivre en van, c’est dormir dans sa voiture. Et dans beaucoup d’endroits, c’est complètement illégal. Bien sûr, il est toujours possible de jouer la mauvaise foi – Dieu sait si nous l’avons beaucoup fait. La méthode du « si-c’est-pas-écrit-qu’on-peut-pas-c’est-que-c’est-pas-interdit » paie souvent, comme celle du « personne ne viendra patrouiller aussi loin ». Ces techniques nous ont pourtant valu à deux reprises des « Toc ! Toc ! Toc ! » métalliques et autoritaires sur la carlingue de notre van pour nous signifier gentiment qu’il était bien illégal de passer la nuit sur les lieux. Depuis ces malheureux épisodes, nous utilisons deux applications qui répertorient les endroits où l’on peut dormir gratuitement et parfois, nous nous offrons un camping.

En réalité, beaucoup d’états américains permettent de dormir gratuitement dans certains de leurs parcs et dans la plupart de leurs forêts. C’est ainsi qu’au Colorado, nous avons pu dormir gratuitement au bord d’une magnifique rivière au beau milieu des Rocheuses. Le pied, parce que c’est beau, encore plus parce que c’est gratuit.

Enfin, une dernière réalisation profonde a émergé de notre roadtrip. Si notre voiture est devenue notre maison, notre maison, c’est notre voiture (si, si, profonde, la réalisation). Cela veut dire que si notre voiture ne roule plus, eh bien… Bon la partie maison fonctionne encore, mais elle ne va plus nulle part. Et impossible de dormir au milieu de la route en cas de panne. Pas de possibilité d’appel à un ami non plus puisque nous changeons de ville presque tous les jours et que nous ne connaissons presque personne dans le Nord du continent américain. La voiture a donc droit à un traitement digne d’un membre de la famille royale anglaise à coup de changement d’huile régulier, de vérification hebdomadaire de tous les liquides et à d’oreille extrêmement attentive au moindre bruit étrange. Dans ce dernier cas, cependant, il arrive régulièrement que notre premier réflexe soit de prier que le grincement, couinement ou autre grésillement sournois s’en aille de lui-même ou du moins ne s’aggrave pas, car notre porte-monnaie ne nous permet pas de consulter un garagiste toutes les semaines.

Au début du voyage, alors que nous descendions du parc national de Yosemite sur une route particulièrement pentue et pied joints sur les freins, la roue arrière gauche s’est mise à fumer. Stress complet pour les ignares en mécanique que nous sommes, nos freins nous lâchaient-ils, Ô Seigneur pourquoi nous ? Il s’est avéré par la suite que l’un des liquides, situé près de la roue arrière gauche, fuitait sur le disque de frein chaud et provoquait la fumée et l’odeur (« ça sent le vieux putois, hein », rigolait le gros garagiste qui avait examiné nos freins). Beaucoup de peur pour pas grand-chose, notre voiture a des fuites, fin de l’histoire. Nous ne pouvons (ni devons) donc pas tout régler, mais restons vigilants.

Aujourd’hui, la plupart des adaptations sont faites et notre quotidien est bien rôdé. Il arrive encore de tomber sur des endroits assez peu fréquentables pour dormir, ou de penser avoir trouver le coin parfait avant qu’une quinzaine d’Américains ivres ne débarquent et n’en fassent leur coin parfait à coups de musique boum boum ou country et de descentes de bières en canette pas chère, mais rien qui ne puisse réellement gâcher le plaisir de se lever chaque matin pour trouver un paysage ou une ville différente de l’autre côté du pare-brise.

Alexandre et Gwendoline

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